C'est la ligne du contrat que l'on regarde le moins, et c'est souvent celle qui est mal calculée. L'indemnité d'entretien n'est pas un petit extra ni un geste de la famille : c'est une somme obligatoire, due pour chaque journée d'accueil, et son montant minimal est fixé par la réglementation.
Que vous exerciez à Bezons, à Nantes ou à Perpignan, la règle est la même partout en France. Dans cet article, vous allez comprendre à quoi sert exactement cette indemnité, combien vous devez percevoir en 2026, comment la calculer heure par heure — et pourquoi le seuil de 6 h 06 change tout.
À quoi sert l'indemnité d'entretien, et que couvre-t-elle vraiment ?
L'indemnité d'entretien n'est pas un salaire. C'est un remboursement de frais : elle compense l'argent que vous sortez de votre poche pour accueillir l'enfant chez vous. C'est pour cette raison qu'elle n'est pas soumise aux cotisations et contributions sociales (source : service-public.fr).
La liste de ce qu'elle couvre n'est pas laissée à l'appréciation de chacun. Elle est fixée par l'article D423-6 du Code de l'action sociale et des familles :
- Les matériels et produits de couchage, de puériculture, de jeux et d'activités destinés à l'enfant — à l'exception des couches, qui sont fournies par les parents ;
- La part afférente aux frais généraux de votre logement : eau, électricité, chauffage, usure du mobilier, entretien des locaux.
Cette précision sur les couches est capitale, et c'est l'une des sources de conflit les plus fréquentes en fin de mois. Les couches ne sont pas financées par l'indemnité d'entretien : soit les parents les apportent, soit ils vous remboursent les frais que vous engagez à ce titre (source : CASF, art. D423-6).
Autre point souvent ignoré : les indemnités — entretien, repas, kilomètres — n'entrent jamais dans le calcul du salaire minimum conventionnel (source : service-public.fr). Autrement dit, une famille ne peut pas vous proposer un taux horaire sous le minimum en se justifiant par une indemnité d'entretien généreuse. Ce sont deux enveloppes distinctes.
À retenir : L'indemnité d'entretien couvre le matériel, les jeux, les produits d'hygiène et votre part de frais de logement. Elle ne couvre pas les couches, ni les repas, ni les trajets. Et elle ne remplace jamais une partie du salaire.
Combien devez-vous percevoir en 2026 ?
C'est là que beaucoup de contrats dérapent, parce qu'il n'existe pas un seul montant mais trois, et qu'il faut retenir le plus favorable.
Service-Public.fr est explicite : il existe l'indemnité conventionnelle, l'indemnité conventionnelle minimale et l'indemnité contractuelle (celle écrite dans votre contrat), et « il convient de verser la plus avantageuse au salarié » (source : service-public.gouv.fr, simulateur officiel, vérifié le 19 juin 2026).
1. L'indemnité conventionnelle. Elle est assise sur le Minimum Garanti (MG), un indice revalorisé régulièrement. Depuis le 1er juin 2026, le MG est de 4,35 €. La convention collective des particuliers employeurs (IDCC 3239, art. 114-1) fixe l'indemnité à 90 % du MG pour une journée de référence de 9 heures :
90 % × 4,35 € = 3,915 € pour 9 heures → soit 3,92 € par jour et par enfant, arrondi au centime.
2. L'indemnité conventionnelle minimale. Quelle que soit la durée d'accueil, même très courte, vous ne pouvez pas descendre en dessous de 2,65 € par journée d'accueil (source : service-public.gouv.fr).
3. L'indemnité contractuelle. Rien n'interdit à une famille de prévoir mieux au contrat — 4 €, 5 €, un forfait mensuel. Si ce montant est supérieur aux deux précédents, c'est lui qui s'applique.
Une note importante figure sur le simulateur officiel : l'indemnité conventionnelle a été modifiée le 1er juin 2026. Si votre contrat date d'avant cette date et n'a pas été revu, votre indemnité est probablement en retard d'une revalorisation.
À retenir : En 2026, comptez 3,92 € pour une journée de 9 heures, avec un plancher absolu de 2,65 € par journée d'accueil. Et vérifiez que votre contrat a bien intégré la revalorisation du 1er juin 2026.
Le calcul heure par heure : le seuil de 6 h 06 qui change tout
L'indemnité se proratise selon la durée réelle d'accueil. Le taux horaire se déduit du montant de 9 heures :
3,915 € ÷ 9 h = 0,435 € par heure d'accueil (depuis le 1er juin 2026)
Voici comment cela se traduit concrètement :
| Durée d'accueil |
Calcul proratisé |
Indemnité due |
| 5 h 00 |
0,435 × 5 = 2,18 € |
2,65 € (le plancher s'applique) |
| 6 h 00 |
0,435 × 6 = 2,61 € |
2,65 € (le plancher s'applique) |
| 6 h 06 |
0,435 × 6,1 = 2,65 € |
2,65 € (point de bascule) |
| 8 h 00 |
0,435 × 8 = 3,48 € |
3,48 € |
| 9 h 00 |
0,435 × 9 = 3,92 € |
3,92 € |
| 10 h 30 |
0,435 × 10,5 = 4,57 € |
4,57 € |
C'est tout le sens de la phrase du simulateur officiel : « L'indemnité est donc d'au moins 2,65 € et son montant varie en fonction de la durée d'accueil à partir de 6h06 » (source : service-public.gouv.fr).
Traduction en clair : en dessous de 6 h 06 d'accueil, le calcul à l'heure ne sert à rien — le plancher de 2,65 € sera toujours plus favorable. Au-delà, il faut proratiser, et c'est là qu'on perd de l'argent quand on applique un forfait unique.
Exemple sur un mois complet. Vous accueillez un enfant 20 jours dans le mois, à raison de 9 heures par jour :
20 jours × 3,92 € = 78,40 € d'indemnité d'entretien sur le mois.
Si la famille vous verse 3,50 € par jour parce que le contrat n'a jamais été revalorisé, vous perdez 0,42 € × 20 = 8,40 € par mois, soit une centaine d'euros sur l'année — pour un seul enfant.
Vous pouvez vérifier votre propre situation avec le simulateur officiel de Service-Public.fr, qui gère les journées de durées différentes dans un même mois.
Pour aller plus loin, consultez notre article sur le calcul de votre salaire brut et net.
À retenir : Le taux est de 0,435 € par heure depuis le 1er juin 2026. En dessous de 6 h 06, c'est le plancher de 2,65 € qui s'applique. Au-delà, on proratise — un forfait unique vous fait presque toujours perdre de l'argent sur les journées longues.
Repas, couches, trajets : ce qui se paie en plus
L'indemnité d'entretien ne couvre pas tout. Trois postes se règlent séparément, et ils doivent figurer noir sur blanc dans votre contrat de travail.
Les repas. Si c'est vous qui fournissez les repas et les goûters, la famille vous doit une indemnité de repas. Si ce sont les parents qui apportent la nourriture, elle n'est pas due (source : service-public.fr). Il n'existe aucun barème légal : le montant est fixé librement entre vous et doit apparaître au contrat. Côté cotisations, l'indemnité de repas est exonérée dans la limite du barème « avantage en nature nourriture » publié chaque année par l'URSSAF — vérifiez le montant en vigueur directement sur urssaf.fr avant de le fixer.
Les couches. Comme vu plus haut, elles sont exclues de l'indemnité d'entretien par l'article D423-6 du CASF. Soit les parents les fournissent, soit ils remboursent ce que vous avancez. Le plus simple reste de trancher dès la signature du contrat.
Les trajets. Si la famille vous demande de transporter l'enfant dans votre véhicule personnel — école, activité, rendez-vous médical — vous avez droit à une indemnité kilométrique. Son montant se négocie au contrat, et l'exonération de cotisations s'apprécie par référence au barème kilométrique fiscal, dont le montant dépend de la puissance du véhicule et du nombre de kilomètres parcourus. Ce barème est publié par l'administration fiscale : ne recopiez pas un montant lu sur un forum, consultez la valeur en vigueur sur impots.gouv.fr au moment où vous signez.
Pour aller plus loin, consultez notre article sur bien structurer votre contrat Pajemploi.
À retenir : Repas, couches et trajets sont trois lignes distinctes de l'indemnité d'entretien. Aucune n'est automatique : ce qui n'est pas écrit au contrat ne sera pas payé.
Indemnité d'entretien et impôts : l'erreur classique
Voici un point qui surprend beaucoup d'assistantes maternelles, et qui provoque de vraies erreurs de déclaration.
L'indemnité d'entretien n'est pas soumise aux cotisations sociales. Beaucoup en déduisent, logiquement, qu'elle n'a pas à figurer dans la déclaration de revenus. C'est faux — et c'est l'inverse qui est vrai.
Si vous relevez du régime spécial des assistantes maternelles (l'abattement forfaitaire, presque toujours le plus avantageux), vous devez d'abord additionner vos salaires nets imposables, vos indemnités d'entretien, vos indemnités de repas et les avantages en nature. C'est de ce total que vous retranchez ensuite l'abattement forfaitaire. L'abattement est précisément conçu pour absorber ces frais (source : impots.gouv.fr).
Oublier d'inclure les indemnités dans la base fausse le calcul dans les deux sens : certaines déclarent trop, d'autres pas assez. Dans les deux cas, c'est une régularisation à venir.
Pour aller plus loin, consultez notre article sur le calcul de votre abattement et de vos impôts.
À retenir : Pas de cotisations sociales sur l'indemnité d'entretien, mais elle entre bien dans la base de votre déclaration de revenus avant application de l'abattement forfaitaire.
Ce qu'il ne faut surtout pas faire
- Accepter un forfait unique pour toutes les journées. Si vos amplitudes varient, un montant fixe vous fait perdre sur les journées longues. Le calcul se fait par jour d'accueil réel.
- Confondre indemnité et salaire. Les indemnités n'entrent pas dans le salaire minimum conventionnel, ni dans le calcul de l'indemnité de rupture, ni dans celui de vos droits au chômage. Une famille qui « compense » un taux horaire bas par une indemnité élevée est hors des clous.
- Facturer l'indemnité les jours d'absence. L'indemnité d'entretien n'est due qu'« en cas de travail effectif » : elle se calcule par jour de présence réelle de l'enfant et ne se verse pas les jours d'absence (source : CCN IDCC 3239, art. 114-1).
- Laisser le contrat vieillir. Le Minimum Garanti évolue. Une indemnité fixée en 2023 et jamais revue est aujourd'hui en dessous du minimum. Prévoyez une clause de revalorisation automatique dès la signature.
- Payer les couches sans rien dire. Elles sont exclues par la réglementation. En parler à la signature évite une conversation gênante six mois plus tard.
FAQ — Vos questions fréquentes
L'indemnité d'entretien est-elle obligatoire ?
Oui. Pour l'emploi d'un assistant maternel agréé, une indemnité d'entretien s'ajoute obligatoirement à la rémunération de base (source : service-public.fr). Elle n'est pas négociable dans son principe, seulement dans son montant — et uniquement à la hausse.
Est-elle due si l'enfant n'est présent qu'une heure ?
Oui, et c'est le plancher qui s'applique : 2,65 € pour toute journée d'accueil, quelle que soit sa durée (source : service-public.gouv.fr).
Faut-il la déclarer sur Pajemploi ?
Oui, les indemnités se déclarent dans la rubrique prévue à cet effet de votre déclaration mensuelle. Elles sont traitées comme un remboursement de frais et non comme du salaire soumis à cotisations. En cas de doute sur la saisie, la marche à suivre est détaillée sur pajemploi.urssaf.fr.
Puis-je demander une indemnité plus élevée que 3,92 € ?
Oui. Le montant conventionnel est un minimum, pas un plafond. Si vous fournissez du matériel haut de gamme, des couches, des produits d'hygiène spécifiques ou si vos charges de logement sont élevées, vous pouvez négocier une indemnité contractuelle supérieure — à condition qu'elle soit écrite au contrat.
Que faire si la famille refuse de revaloriser ?
Commencez par l'écrit : un courrier ou un e-mail rappelant le montant conventionnel en vigueur et la date de sa dernière revalorisation suffit dans la plupart des cas, car beaucoup de parents employeurs ignorent simplement la règle. Si le refus persiste, votre Relais Petite Enfance peut vous accompagner dans la démarche.
⚠️ À savoir — Cet article s'appuie sur des sources officielles à jour au 2026-08-24. Les montants indexés sur le Minimum Garanti et les barèmes fiscaux évoluent en cours d'année. Avant de signer ou de modifier un contrat, vérifiez toujours les valeurs en vigueur sur service-public.fr ou auprès de l'URSSAF. Cet article ne remplace pas un conseil juridique.