Nez qui coule, 38,5 °C au réveil, une varicelle qui se déclare en pleine matinée : dès la rentrée, les virus reviennent et les questions avec eux. Puis-je refuser cet enfant ? Ai-je le droit de donner ce sirop ? Vais-je être payée pour cette semaine d'absence ?
Ce sont des questions qui créent beaucoup de tensions avec les familles, souvent parce que personne ne connaît vraiment la règle. Que vous exerciez à Bezons, à Lyon ou à Bordeaux, voici ce que disent précisément les textes en 2026 — et ce qu'ils ne disent pas.
Pouvez-vous refuser d'accueillir un enfant malade ?
Oui, et c'est votre décision. Aucun texte ne vous oblige à accueillir un enfant fiévreux ou contagieux : vos conditions d'accueil doivent garantir la sécurité, la santé et le bien-être de tous les enfants que vous gardez, et limiter la contagion en fait partie.
Mais attention : un refus décidé le matin même, au pas de la porte, c'est le conflit assuré. La bonne pratique consiste à écrire vos règles dans le contrat, avant le premier jour d'accueil :
- la température à partir de laquelle vous appelez les parents ;
- les symptômes qui vous conduisent à demander un retrait de l'enfant (vomissements répétés, diarrhée, éruption non identifiée…) ;
- le délai dans lequel les parents s'engagent à venir chercher l'enfant ;
- si vous acceptez, ou non, d'administrer des médicaments (voir plus bas).
Une règle écrite et signée n'est plus une décision personnelle : c'est le contrat. Elle se discute une fois, pas à chaque rhume.
À retenir : Vous pouvez refuser. Mais un refus prévu au contrat est accepté ; un refus improvisé est vécu comme un abandon. Écrivez vos règles avant, pas pendant.
Médicaments : ce que le décret vous autorise vraiment
C'est le point où circulent le plus d'idées fausses. Depuis le décret n° 2021-1131 du 30 août 2021, le cadre est écrit noir sur blanc à l'article R. 2111-1 du code de la santé publique : un assistant maternel agréé accueillant l'enfant dans le cadre d'un contrat d'accueil peut administrer des soins ou des traitements médicaux, à la demande des parents (source : Légifrance).
Les 5 vérifications obligatoires avant d'administrer
Avant chaque geste, vous devez vérifier que (source : article R. 2111-1 du code de la santé publique) :
- le médecin n'a pas expressément prescrit l'intervention d'un auxiliaire médical (infirmier…) ;
- les parents ont expressément autorisé par écrit ces soins ou traitements ;
- le médicament ou le matériel a été fourni par les parents ;
- vous disposez de l'ordonnance médicale prescrivant le traitement (ou d'une copie) et vous vous y conformez ;
- les parents vous ont préalablement expliqué le geste qu'ils vous demandent de réaliser.
Le texte précise également que le professionnel qui administre le traitement maîtrise la langue française.
Le registre est obligatoire
Chaque geste doit faire l'objet d'une inscription immédiate dans un registre dédié, précisant (source : article R. 2111-1 du code de la santé publique) :
| Mention obligatoire |
Exemple |
| Le nom de l'enfant |
Léa D. |
| La date et l'heure de l'acte |
12/09/2026 — 11 h 15 |
| Le nom du professionnel l'ayant réalisé |
Sandra S. |
| Le cas échéant, le nom du médicament et la posologie |
Paracétamol 100 mg — 1 dose-poids |
Un simple cahier suffit, à condition qu'il soit tenu au moment du geste et pas reconstitué le soir. C'est votre preuve en cas de contestation.
Vous gardez le droit de dire non
Rien ne vous oblige à accepter d'administrer des médicaments. Si c'est votre choix, dites-le avant la signature du contrat et faites-le figurer dans l'annexe santé — pas au premier épisode de fièvre. Et dans tous les cas : vous ne pouvez jamais prendre l'initiative d'un traitement. Pas d'ordonnance, pas de médicament, même pour un antipyrétique du commerce.
À retenir : Autorisation écrite des parents + ordonnance + médicament fourni par la famille + inscription immédiate au registre. Il manque un seul de ces éléments ? Vous n'administrez pas.
Maladies contagieuses : ce que prévoient les textes
Beaucoup d'assistantes maternelles ont entendu parler d'une « liste officielle des maladies à éviction ». Il faut être précise ici, car le cadre juridique est souvent mal cité.
Le texte de référence est l'arrêté du 3 mai 1989 relatif aux durées et conditions d'éviction, mesures de prophylaxie à prendre à l'égard des élèves et du personnel dans les établissements d'enseignement et d'éducation publics et privés en cas de maladies contagieuses (source : Légifrance). Comme son titre l'indique, il vise les établissements d'enseignement et d'éducation, pas l'accueil individuel au domicile d'une assistante maternelle.
Autrement dit : cet arrêté ne crée pas, pour vous, une obligation légale d'évincer. Ce qui vous protège juridiquement, c'est votre contrat et votre obligation générale de garantir la santé des enfants accueillis.
En pratique, les repères sanitaires utilisés dans la petite enfance sont réunis dans le guide « Collectivités de jeunes enfants et maladies infectieuses » diffusé par l'Assurance Maladie — c'est le document à consulter, et à faire consulter aux parents, plutôt qu'un tableau recopié sur un forum : voir le guide sur ameli.fr.
Deux principes font consensus et méritent d'être rappelés aux familles :
- Le retour se décide sur avis médical, pas sur l'impression des parents que « ça va mieux ».
- Une ordonnance d'antibiotiques ne vaut pas autorisation de retour immédiat. Le traitement a commencé ; la contagiosité, elle, ne s'arrête pas à la première prise.
À retenir : Ne dites jamais « la loi m'oblige à l'évincer » — c'est inexact pour l'accueil à domicile, et un parent informé vous le fera remarquer. Dites : « mon contrat le prévoit, et voici le guide de l'Assurance Maladie ».
L'enfant tombe malade pendant l'accueil : votre protocole
Le pire moment pour improviser, c'est celui où l'enfant se met à vomir dans le salon. Préparez votre conduite à tenir à l'avance, et affichez-la :
- Isoler et surveiller : mettre l'enfant au calme, prendre la température, noter l'heure et les symptômes par écrit.
- Appeler les parents immédiatement — pas un SMS, un appel. Si le premier parent ne répond pas, appelez le second, puis la personne désignée au contrat.
- Noter ce que vous observez, pas ce que vous diagnostiquez : « éruption rouge sur le torse depuis 10 h 30 », et non « c'est la roséole ». Vous n'êtes pas médecin, et cette prudence vous protège.
- En cas de signe de gravité (difficulté à respirer, convulsion, perte de connaissance, refus total de boire chez un nourrisson) : appelez le 15 avant d'appeler les parents. Puis prévenez la famille.
- Transmettre par écrit le soir même : heure, symptômes, température relevée, ce que vous avez fait.
Gardez le contrat, les numéros d'urgence et les autorisations parentales dans une pochette unique, accessible en dix secondes — y compris par un remplaçant.
Le PAI : indispensable pour l'asthme, les allergies et le diabète
Quand un enfant présente une maladie chronique, une allergie sévère ou une pathologie nécessitant un traitement régulier, le bon outil est le projet d'accueil individualisé (PAI). Élaboré avec les parents et le médecin, il décrit précisément le traitement à administrer, les aménagements nécessaires et la conduite à tenir en cas d'incident lié à la maladie.
Le PAI ne remplace pas les vérifications de l'article R. 2111-1 : il les organise à l'avance et par écrit, ce qui vous évite d'improviser le jour où l'enfant fait une réaction. Votre service de PMI peut vous accompagner dans sa rédaction — et le décret prévoit d'ailleurs expressément que, pour un assistant maternel employé par un particulier, les modalités de délivrance des soins figurent dans une annexe au contrat de travail, qui peut être élaborée avec l'aide du service départemental de PMI (source : Légifrance).
L'absence pour maladie est-elle payée ?
C'est la question qui fâche, et la réponse est souvent décevante. Les règles applicables sont les suivantes (source : service-public.fr) :
| Situation |
Rémunération |
| Courtes absences pour maladie, consécutives ou non |
Non rémunérées, dans la limite de 5 jours par an |
| Maladie ou hospitalisation de 14 jours calendaires consécutifs |
Non rémunérées |
| Au-delà de 14 jours consécutifs |
L'employeur doit soit reprendre le versement du salaire, soit rompre le contrat |
Deux précisions qui évitent bien des litiges :
- L'employeur ne peut retenir l'absence sur votre salaire que s'il vous fournit un certificat médical justifiant la maladie de l'enfant (ou un bulletin d'hospitalisation). Pas de justificatif = pas de retenue.
- Votre contrat peut prévoir plus favorable que ces règles. Relisez-le : certaines familles acceptent le maintien du salaire dès le premier jour.
Conservez systématiquement les certificats médicaux : ce sont eux qui justifient les écarts entre votre mensualisation et les sommes réellement déclarées sur Pajemploi.
Pour le détail du calcul de votre mensualisation en cas d'absence, voyez notre guide de la mensualisation en année complète et incomplète, et pour les absences d'été notre guide des vacances et absences de l'enfant.
À retenir : L'absence pour maladie n'est pas payée dans les limites ci-dessus, mais la retenue exige un certificat médical. Et au-delà de 14 jours consécutifs, la balle est dans le camp de l'employeur.
Ce qu'il ne faut surtout pas faire
- Donner un médicament « juste un doliprane » sans ordonnance. C'est hors du cadre de l'article R. 2111-1, et votre responsabilité est engagée.
- Tenir le registre le soir, de mémoire. Le texte impose une inscription immédiate. Un registre reconstitué n'a aucune valeur probante.
- Annoncer une règle d'éviction non écrite au contrat. Sans clause, vous n'avez rien à opposer au parent qui insiste.
- Retenir un jour d'absence sans certificat médical. La retenue serait injustifiée et pourrait vous être réclamée.
- Poser un diagnostic. Décrivez des symptômes, orientez vers le médecin. Jamais l'inverse.
FAQ — Vos questions fréquentes
Ai-je le droit de refuser un enfant non vacciné ?
Les vaccinations obligatoires conditionnent l'admission en collectivité de jeunes enfants. Le sujet est suffisamment sensible pour être traité au contrat et vérifié auprès de votre PMI. À noter : France Travail indique qu'une démission peut être reconnue légitime lorsque l'employeur refuse de procéder aux vaccinations légales d'un enfant gardé (source : francetravail.fr).
Puis-je administrer un traitement sans ordonnance si les parents me l'écrivent ?
Non. L'autorisation écrite des parents est nécessaire mais pas suffisante : l'ordonnance médicale (ou sa copie) fait partie des vérifications imposées par l'article R. 2111-1 du code de la santé publique (source : Légifrance).
Le registre des médicaments est-il contrôlé par la PMI ?
Le décret impose sa tenue sans détailler de modalité de contrôle. Considérez-le d'abord comme votre protection : en cas de contestation d'une famille, c'est la seule trace écrite de ce que vous avez donné, quand, et sur quelle prescription.
Un enfant peut-il revenir avec une simple ordonnance d'antibiotiques ?
Le retour en collectivité se décide sur avis médical. Le fait qu'un traitement ait été prescrit ne signifie pas que l'enfant n'est plus contagieux. Reportez-vous au guide de l'Assurance Maladie et à ce que prévoit votre contrat.
Suis-je payée si l'enfant est malade une semaine ?
Dans le cadre légal, non : les courtes absences pour maladie ne sont pas rémunérées dans la limite de 5 jours par an, et l'employeur doit vous remettre un certificat médical pour opérer la retenue (source : service-public.fr). Vérifiez toutefois si votre contrat prévoit des conditions plus favorables.
⚠️ À savoir — Cet article s'appuie sur des sources officielles à jour au 2026-08-10. Les règles sanitaires et conventionnelles évoluent. Avant toute décision, vérifiez auprès de votre service de PMI, de votre relais petite enfance (RPE), sur service-public.fr et sur legifrance.gouv.fr. Cet article ne remplace ni un avis médical, ni un conseil juridique.
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